Récit de Menton-Brest en Tandem
Mardi 19 Aout 2008
Seconde étape: Pont de Quart (26) - Vichy (03)
311 kilomètres de 03h15 à 23h25 et 2346 mètres d'élévation
Le réveil sonne à 2h30. Silence dans le gîte. On essaye de ne pas faire de bruit en prenant la douche et on rassemble chacune de nos affaires dans les sacs ziploc. Cette précaution prend un peu de temps, mais la météo a annoncé une journée pluvieuse, donc à priori, nous partons pour trois cents bons kilomètres sous la pluie. Nous arrivons dans la salle commune où deux grandes thermos nous attendent. Le café et le thé ne sont pas chauds, mais bouillants. Du pain, du beurre, de la confiture, rien ne manque. Quelques mouches volent au dessus de la table, attirées par la nourriture. Rapidement, nous chargeons nos affaires sur le tandem. Dans le débarras à côté du garage, le gros chien grogne un peu mais n'aboie pas. Nous sortons le tandem. Les pneus ne sont pas dégonflés, tout semble bien aller. Dehors, la lune est orangée. Quelques nuages l'entourent mais il ne pleut pas.
Nous retrouvons rapidement la route principale, le fameux axe Gap-Valence que l'on a quitté il y a quelques heures. Nous arrivons à Die. Naturellement, il fait encore nuit et il n'y a personne dans la ville mise à part une voiture immatriculée dans le Loiret. Nous connaissons bien Die et la vallée de la Drôme et nous sommes ravis de découvrir qu'en pleine nuit, le vent contraire est nul! Force est de constater que ce vent contraire en journée résulte de brises thermiques liées à la différence de température entre sol et air. La route défile, deux heures plus tard, nous arrivons à Crest. Isabelle a un coup de fatigue. Après la gare, avant de quitter Crest, nous nous arrêtons quelques instants pour manger une barre de céréales.
Nous arrivons au rond point, où nous sommes habitués à prendre à droite en direction de Chabeuil. Cette fois-ci, nous allons vers Montoison, le prochain contrôle. Il est à peine 6h00 quand nous y sommes. J'ai prévu de poster ici une carte postale pour le contrôle, au cas où nous ne trouverions pas de commerce ouvert. Sur la rue principale, en descendant, je sens l'odeur de viennoiseries. La boulangerie est ici, encore fermée, mais l'entrée de service, sur la droite est ouverte. Ayant vu à l'intérieur un vélo, l'endroit doit être bon pour demander un coup de tampon. Isabelle garde le tandem et je m'aventure dans l'entrée de service avec nos carnets de route.
En passant le pas de la porte, je me trouve nez à nez avec le boulanger. Je lui explique notre randonnée et notre besoin d'un coup de tampon. Il me demande de suite:
- Ah, ce sont des Audax?
Je lui réponds par la négative en précisant l'allure libre de nos randonnées, les Diagonales de France. Il les connaît bien et ne tarde pas à réagir, jugez-en plutôt par la suite...
Il me précise que c'est ici même que Jean-Pierre Rebouché s'est fait dérober son vélo en 2004. Pour nous, tout va bien, Isabelle garde le tandem! Alors en me donnant le précieux coup de tampon, il me raconte l'épopée de Jean-Pierre et m'explique comment ils sont devenus amis. Depuis, ce boulanger cycliste, Christian Brunel, est devenu président du tout nouveau club cyclo de Montoison qui compte déjà 18 licenciés. Nous voilà partis à discuter... L'heure tourne pour nous mais aussi pour notre interlocuteur pour qui l'ouverture de la boulangerie approche. Avant de repartir, Christian insiste pour qu'on emmène dans nos sacoches un pot de confiture:
- C'est du sucre! Vous en aurez besoin jusqu'à Brest

Je le remercie pour sa délicate attention, mais nos sacoches sont déjà pleines. L'arrêt pour un simple coup de tampon aura duré une large demi-heure... Il fait quasiment jour quand nous repartons...

Nous traversons le Rhône sans encombre et nous remontons la vallée du même nom via la route RN86. La circulation est faible, les villages souvent déserts. Deux heures plus tard, nous arrivons à Tournon, il est l'heure d'un petit déjeuner... Malgré quelques boulangeries fermées, nous réussirons quand même à nous restaurer avant de reprendre la route.
En milieu de matinée, nous arrivons à Andance, au pied de l'ascension du Col de la République. Ici, nous retrouvons la route que l'on avait suivie lors de notre entrainement dans les Monts de la Madeleine au début du mois de Mai. Un rapide calcul me montre qu'à partir d'ici, nous avions mis sept heures pour rejoindre Montbrison. Malgré la fatigue qui commence à s'accumuler, nous allons quand même réussir à ne pas mettre plus de temps. Nous arrivons à Bourg Argental vers 11h00 sous un grand soleil. Il fait chaud, nous prenons chacun 33cl de Coca Cola, des parts de pizza au chèvre et une tartelette aux abricots pour moi.


Nous nous arrêtons deux fois pendant la montée, le temps de souffler un peu et de satisfaire à des pauses techniques. Des petits arrêts bien nécessaires, mais qui s'accumulent et risquent de nous ralentir. Notre arrêt à Bourg Argental a peut-être été mal géré. Il est 13h00 quand nous arrivons au Col de la République. Le temps se couvre, le passage du col nous fait sentir un changement de temps. Dans la descente, nous faisons une halte pour tenter de manger à Planfoy. Le seul restaurant ouvert nous propose du canard avec du chou à choucroute, ce qui ne nous satisfait pas. Nous nous régalons en revanche du reste de la descente et nous sommes bien surpris de trouver un temps couvert et froid à Saint Etienne. Nous allons contourner cette grande ville plus facilement qu'au mois de mai car j'ai bien étudié le plan avec Mappy.
Pour une fois, le repas de midi sera un sandwich pris à la première boulangerie que nous trouvons. Nous arrivons rapidement à Saint Genest Lerp, sur les hauteurs de la capitale stéphanoise. Isabelle est ravie de cette traversée-contournement de Saint-Etienne. En tandem, il est important de ne pas s'attarder dans des centres villes encombrés. Le temps se couvre de plus en plus. Les premières gouttes arrivent. En quelques minutes, nous allons retrouver notre tenue du PBP: un maillot de vélo en haut, le coupe vent bien fermé par-dessus, cuissard, paire de jambières, chaussettes windstopper et sandales.
Avec tout cela, nous pédalons facilement sous la pluie, sans être trop mouillés et surtout sans trop transpirer. A Saint Just Saint Rambert, c'est le déluge. La pluie redouble de violence et nous temporisons quelques instants sous un abribus avant de traverser la Loire, pour la première fois de la Diagonale... Nous avons une heure d'avance sur notre feuille de route quand nous arrivons à Montbrison.
Nous retrouvons le centre ville que nous avions visité au mois de mai. Les souvenirs visuels me rappellent d'aller ici tout droit, de prendre à droite là et de grimper ensuite à droite; tout cela sans regarder la carte! Nous en profitons pour faire notre arrêt de la quarantaine de kilomètres à la superette. Nous nous régalons d'une banane et de deux gâteaux frais de semoule que nous mangeons sur place. Un monsieur s'arrête devant le tandem et nous demande d'où nous venons et où nous allons. Pendant la discussion, il nous avoue connaître les Diagonales, car il en a entendu parler par un de ses collègues de travail: Michel Morent! Le monde est petit, Michel et Danièle sont aussi diagonalistes, nous les avons rencontrés avec Marc Liaudon pendant le BRM de 200km l'an dernier et bien évidemment à maintes reprises pendant le Paris-Brest-Paris 2007. Les souvenirs illuminent notre mémoire, mais en repartant, la pluie reprend de plus belle.
Les voitures ralentissent, il nous faudrait peut-être nous arrêter mais nous sommes déjà trempés (sauf le buste toujours bien protégé par le gore-tex)! Alors pour ne pas nous refroidir, nous continuons à pédaler et plus loin, l'averse orageuse baisse d'intensité.
A Grézolles, nous avons failli tomber en pleine montée! Nous étions sur notre droite, quand un chien s'est soudainement jeté sur nous en aboyant de toutes ses forces, troublant la quiétude de ce petit village. Isabelle a crié! J'ai déchaussé la pédale gauche avant de découvrir qu'on n'était pas encore tombé et que le chien était en fait retenu par sa laisse. Mais il rêvait de ne faire qu'une seule bouchée de nous deux! Maudit cabot!
Le temps couvert, parfois pluvieux, ne semble rien annoncer de bon pour la suite, notamment pour le passage du Col du Beau Louis et la grande descente vers Vichy. A Saint Germain Laval, il était encore trop tôt pour dîner à 18h10. Plutôt que d'espérer aller dîner dans un hypothétique restaurant à Saint Priest la Prugne, le plus sage est certainement de dîner à Saint Just en Chevalet (contrôle) comme le suggère Isabelle. Je suis d'accord même si j'aurais préféré rouler tant qu'il faisait jour.
Les conditions météorologiques peu favorables, nous font évoquer la possibilité de raccourcir l'étape en dormant à Saint Just en Chevalet au lieu de Vichy. Si l'étape d'aujourd'hui se trouvait raccourcie d'une soixantaine de kilomètres, celle de demain s'en trouverait logiquement allongée. La perspective d'une longue troisième étape - avec de toute façon une descente du Col du Beau Louis en pleine nuit - ne m'enchante guère (la troisième étape d'une Diagonale est souvent la plus difficile...). De plus, nous perdrions du temps à chercher un nouvel hôtel et à annuler celui prévu. Sans hésitation, nous décidons de respecter notre plan de route.
A 19h30, nous reprenons des forces dans le restaurant à Saint Just en Chevalet. Au menu: de délicieuses lasagnes maison avec de la salade, suivies d'une île flottante pour Isabelle et d'une crème brûlée plus café pour moi. Tout cela en moins d'une heure! Parfait! Quand nous repartons, la pluie a cessé, nos chaussettes sont quasiment sèches et il fait encore jour...
Nous avons bien fait de dîner à Saint Just en Chevalet car ensuite, tous les villages sont déjà prêts à s'endormir. A quelques kilomètres du sommet du col, il fait nuit et le silence envahit les alentours.
On se couvre un peu plus pour la descente; une descente que je redoute car je crains tout mammifère qui pourrait sortir de la forêt et nous faire chuter. Mais il pleut encore un peu et pour protéger ma sacoche avant, je l'enveloppe dans un sac plastique attaché avec des pitons sous le cintre. A partir d'une certaine vitesse, l'air se prend dans le sac qui se met à claquer sur la sacoche. J'espère que ce bruit sera suffisant pour faire fuir les sangliers (mais encore faut-il qu'ils puissent être sensibles à ce bruit?)... Dans la descente, je cale la lumière de l'éclairage sur la signalisation médiane de la route et j'utilise cette bande discontinue, comme un guide. Nous allons croiser quelques véhicules: leur présence me rassure, peut-être ont-ils déjà fait fuir des sangliers? A trois reprises, dans trois hameaux, nous faisons une halte pour reprendre nos esprits sous l'éclairage public. Les chiens aboient, les habitants arrivent sur le pas de la porte et nous regardent. Certains s'inquièteront et nous demanderont si nous avons besoin d'aide. Nous les saluons avant de repartir.
Enfin, vers 23h30, nous arrivons à l'hôtel à réservation automatique préalablement réservé... J'indique mon code de réservation à l'automate. Une chambre m'est attribuée. Mais la chambre 53 est au premier étage, alors que j'avais demandé une chambre au rez-de-chaussée afin de pouvoir y loger le tandem. Alors, nous montons avec l'engin devant la chambre 53 que la carte ne parvient pas à ouvrir! Isabelle essaye plusieurs fois, moi aussi, mais la porte ne s'ouvre pas! Avec le téléphone portable, je reviens devant l'accueil pour appeler le numéro d'urgence! Le temps passe, il faut faire vite pour aller dormir! C'est une dame qui me répond et qui est bien étonnée de me voir attribué la chambre 53.
- Vous auriez dû avoir une chambre au rez-de-chaussée!
- Bah oui, mais ça n'est pas le cas! Que dois-je faire? J'ai réglé la chambre et je veux dormir!
- Bon où êtes vous?
- Devant votre accueil!
- Ne bougez pas! J'arrive!
Effectivement, moins de deux minutes plus tard, la gérante arrive, ébouriffée et avec le pantalon de travers, certainement enfilé à la hâte! Munie de son planning de réservations, elle pianote sur l'automate. Si certains sont familiers avec les touches d'un clavier d'ordinateur, elle, elle est habile avec les touches tactiles de l'automate. En fait, on m'a attribué la chambre 53, mais on m'a donné la carte de la chambre 1, située au rez-de-chaussée. J'essaye de suite la carte dans la porte de la chambre 1 qui s'ouvre sans problème. La dame poursuit:
- Bon, bah voilà, c'est bon! Par contre, pour la facture, on verra ça demain matin!
- Non, car nous partons à 4h00!
- A 4h00, mais il est minuit!
- Oui, nous partons tôt!
- Je ne serais pas ouverte! Vous me rappellerez et je vous enverrai le ticket!
- Oui, merci et vous pourrez utiliser ma carte de fidélité?
- Oui, on verra ça par téléphone! Bonne nuit!
La gérante est partie. Nous avons redescendu le tandem du premier étage avant de nous enfermer dans la chambre, de nous laver, de manger la traditionnelle banane. Enfin quelques heures de sommeil...