Récit de Menton-Brest en Tandem
Jeudi 21 Aout 2008
Quatrième étape: Châtellerault (86) - Redon (35)
266 kilomètres de 04h00 à 22h30 et 1569 mètres d'élévation
Nous n'avons pas spécialement souvenir de notre réveil à Châtellerault. Encore une douche prise en vitesse pour me réveiller, un coup de rasoir pour paraître propre, un café soluble acheté à l'accueil de l'hôtel et une friandise tirée de la sacoche. En partant, j'ai l'impression que le tandem est en pilotage automatique. Il suit le chemin que m'avaient indiqué Guy et Pierrette, il y a deux ans! Juste avant l'entrée de l'autoroute, à droite, la route d'Antran. Je m'en souviens. J'avais hésité à filer sur une aussi petite route, mais cette fois-ci, je fonce! Nous prendrons ensuite la première à gauche pour rejoindre Thuré et ainsi éviter de traverser le centre ville de Châtellerault. Tout cela est bien prévu sur le papier, mais deux choses imprévues vont se produire!
La petite route sur la gauche est coupée! Travaux! Route barrée! Pas question d'y passer en pleine nuit! Ca passerait peut-être, mais ça ne passerait peut-être pas non plus! Inutile de vouloir prendre du retard, je prends sans broncher la déviation et on retombe plus loin sur la route prévue initialement! Facile...
La route pour rejoindre Thuré est vallonnée. Sans voir les côtes, je décharge ou charge les vitesses en fonction de ce que je ressens dans les cuisses! Tout cela marche bien jusqu'à ce que nous déraillions au niveau des plateaux. Nous voilà arrêtés en pleine nuit dans une côte. La route n'est pas éclairée et nous n'avons pas de frontale, ni de lampe torche. Les éclairages pourtant puissants du tandem sont solidaires du porte bagage avant. Dans la nuit, impossible de voir la chaine! Une voiture arrive, je décide de lui demander de s'arrêter afin qu'elle nous éclaire. En plein milieu de la route, avec la chasuble, je fais des grands signes. La voiture se rapproche, ralentit, mais ne s'arrête pas! Et flûte! Une seconde arrive, même cinéma! Cette voiture s'arrête. Le jeune conducteur baisse sa vitre et fait vite marche arrière pour présenter sa calandre devant le tandem! Je saisis un kleenex (pour ne pas me salir les mains) et découvre que la chaîne est partie vers l'intérieur. Je la remets et hop, le tour est joué! Merci Monsieur! Nouvelle marche arrière pour se remettre dans l'axe de la route et la voiture disparaît rapidement dans la nuit! Il ne nous reste plus qu'à remonter sur le tandem, et à... pédaler!

A Thuré, nous retrouvons la route faite en sens inverse au mois de juin: la grande montée vers l'émetteur, le petit village de Sossais où nous avions fait une pause devant la poste et l'autre montée avant Orches! Finalement, les kilomètres s'accumulent, le temps passe, le soleil fait briller ses rayons dans les quelques nuages.
Nous ressentons en même temps de la lassitude... Alors on s'arrête ici et là et on finit par perdre du temps. Où sont passées nos bonnes résolutions? On espère trouver un bistrot à Loudun pour prendre un petit-déjeuner, mais tout est encore fermé!
Finalement, aux Trois Moutiers, un agent municipal en train d'arroser les fleurs nous indique la seule boulangerie du village qui ouvre à 8h30 et le bistrot qui doit ouvrir vers 9h00! Mais où sommes-nous ici? Dans la Vienne au mois d'août, les boulangeries n'ouvrent pas plus tôt? A 8h10, je me paye le culot d'aller dans le jardin de la boulangerie pour acheter quelques viennoiseries.
JP se prend pour un tournesol...

Finalement, c'est à Montreuil Bellay que nous trouverons un café d'ouvert! Ouf! Le cafetier est bien rouge de figure et a l'air fatigué. Il a en gros notre âge et trinque au vin blanc avec son client. Triste tableau... S'en suit une discussion entre les deux hommes:
- Depuis que je prends ces pilules, je me sens bien plus en forme! Tu devrais essayer!
- Ouais, mais c'est contraignant, faut les prendre tous les jours!
- C'est une cure de 6 mois! J't'assure ça donne la pêche!
On ne s'éternise pas dans cette ambiance! Un grand café pour moi, un thé pour Isabelle, contrôle de la Diagonale, premier et dernier BPF de la Diagonale avec le beau château, dernier BPF/BCN du Maine et Loire avant de reprendre la route dans la vallée du Layon. J'en profite quand même pour remercier Isabelle qui a bien avoir voulu passer par ici pour que je termine les BPF du Maine et Loire!
Parfois le soleil brille, parfois il se cache derrière les nuages et une trentaine de kilomètres plus loin, nous arrivons à Vihiers. Dans la matinée, nous avons l'impression de ne pas trop avancer. Nouvelle pause pour manger des bananes et prendre des forces avant d'affronter une grande côte! Vers midi, nous arrivons à Chemillé à 128 kilomètres, soit à peine la moitié du programme de la journée. C'est jour de marché et nous suivons la direction de la cafétéria d'une grande surface. Ici encore, en moins d'une heure, nous allons prendre un plat du jour chacun et même un autre que nous allons nous partager sans oublier le dessert.
L'endroit est bruyant. Comme dirait notre amie Francine, ça nous force à ne rester ici trop longtemps! En repartant, Isabelle constate que le centre commercial n'est pas sur notre route... Nous allons devoir revenir sur nos pas. Et voilà, comment on ajoute des kilomètres inutiles! Heureusement que nous avons bien mangé.

Je me souviendrai du vent! Quand nous allons vers l'ouest, nous sommes ralentis! Vers le nord-ouest, c'est un peu moins pire! Nous traversons rapidement Jallais. Après la Poitevinière, la route serpente dans une légère montée. Nous moulinons bien et je remarque au loin une voiture arrêtée sur le bas côté. Deux personnes sont dehors. La montée se termine et finalement, on distingue maintenant qu'une d'entre elles nous prend en photo! Quelle surprise! En plein milieu des Mauges, nous retrouvons d'autres amis de Gap, Edith et Jean-Jacques Treguer! Edith est originaire des Mauges et ils sont installés dans un camping tout proche. Ils ont été mis au courant de notre passage dans le secteur par Robert Isoard. Merci les amis, votre présence nous a fait oublier un temps les quelques côtes du pays des Mauges.
Il y a encore quelques côtes dans cette région du Maine et Loire... Nous continuons notre apprentissage des Mauges en passant à Saint Remy en Mauges. Ici, la prochaine côte, tellement raide, nous oblige à nous arrêter car je n'ai pas anticipé le changement de vitesse et le dérailleur risque de faire un drôle de bruit. Prudence donc. Nous nous arrêtons et nous passons les vitesses à l'arrêt. En regardant en haut de la côte, nous apercevons Sylvie et Laurent Jubin qui nous encouragent derrière leur appareil photo! Quelques coups de pédales sur le petit plateau et nous voici à leur hauteur. Ils ne sont pas venus seuls et nous avons le plaisir de faire connaissance avec deux diagonalistes expérimentés Jacques Demy et Joseph Delalande... Sylvie et Laurent, eux, viennent de signer, cette année, leur première Diagonale et Euro-Diagonale en tandem.

Malgré presque deux heures de retard sur notre plan de route, nous prenons le temps de discuter avec nos hôtes à la terrasse d'un bistrot, tout en dégustant le gâteau au chocolat et aux noix, cuisiné par Laurent. Joseph Delalande me demande si c'est bien moi qui connaît Richard Léon!. Je réponds par la positive en évoquant quelques souvenirs au VCMB.
Mais l'heure tourne. Laurent déplie sa carte et s'assure que nous ne sommes pas obligés de traverser la Loire à Ancenis. Etant ici entre deux points de contrôle, nous allons accepter son guidage pour filer directement vers Saint Laurent des Autels et faire cette traversée tant attendue de la Loire à Champtoceaux et à Oudon. Nous reprenons la route tous ensemble, les uns derrières les autres. Sylvie et Laurent sont devant nous et donnent le tempo. Sylvie nous surveille discrètement et nous profitons de leur aspiration pour aller de l'avant. Je vais tenter à deux reprises de les dépasser, deux tentatives finalement vaines car Sylvie et Laurent préfèrent être devant. Alors, je surveille la roue arrière de leur tandem noir.




Les premières gouttes de pluie arrivent, et nous nous arrêtons pour mettre nos vestes. Nous arrivons à Champtoceaux sous un ciel couvert. Nous étions passés ici en juin, en pleine chaleur. La descente vers les bords de Loire doit être négociée avec prudence car il n'a pas assez plu pour bien mouiller la route. Celle-ci est grasse. Nous parvenons sans encombre au pont sur la Loire. C'est ici que nous allons prendre congé de Joseph Delalande et de Jacques Demy que nous remercions de tout coeur d'être venus nous accompagner.
Sylvie et Laurent restent avec nous et nous proposent de nous montrer un raccourci pour rejoindre la route principale, la RD 164, qui doit nous mener au prochain contrôle à Nort Sur Erdre. Nous traversons la Loire et, comme à Saint Just Saint Rambert, la pluie est encore là ; certes moins violente. Elle nous oblige quand même à rouler avec les vestes de pluie. Nous découvrons une agréable route bordée d'arbres et de belles résidences. Ce parcours est la sortie du dimanche de la région, pour reprendre les dires de Sylvie. Plus loin, par mégarde, je vais avaler un moucheron! Pendant quelques kilomètres, je vais expectorer pour tenter de m'en débarrasser!
(Photo : Sylvie Quéméner)
Nous arrivons à Nort Sur Erdre vers 18h30. Nous n'avons plus qu'une demi-heure de retard sur notre feuille de route. Nous profitons du contrôle dans une boulangerie pour acheter des viennoiseries (comme par hasard!) qui nous seront utiles demain matin. Comme nos sacoches sont trop petites, les viennoiseries trouvent leur place sur le dessus de la sacoche, dans un sac plastique, attaché avec trois courroies de cale-pieds! Nous repartons derrière Sylvie et Laurent. Grâce à eux, nous serons moins tentés de faire des arrêts.
Nous arrivons à Blain vers 19h30. La cafétéria de la grande surface ne sert pas de repas le soir. C'est en ville que nous allons finalement trouver notre dîner, dans une pizzéria... Nous avons apprécié passer ce dîner avec Sylvie et Laurent en discutant autour d'une bonne table. Si Isabelle s'est régalée avec une galette de blé noir, j'ai calé sur ma pizza au gout de tomate trop prononcé! Juste avant 21h00, nous avons salué nos amis nantais. A chacun de nous, il reste une bonne trentaine de kilomètres, eux vers le sud, nous vers le nord ouest.
(Photo: Sylvie Quéméner)

Depuis que nous avons traversé la Loire, le relief a changé! Les nombreuses côtes se sont aplanies et la route qui s'offre à nous jusqu'à Redon est assez roulante. Alors que la nuit est tombée, une dizaine de kilomètres avant Redon, nous remarquons un phare blanc, qui vient vers nous. Nous faisons la connaissance d'Henri Terrillon, sariste de Redon. Henri roule sur un vélo ayant appartenu à Bernard Hinault. Nous sommes heureux de faire connaissance mutuellement. Henri apprécie aller à la rencontre des diagonalistes et pour nous, la venue d'un sariste permet de changer les idées et de passer un agréable moment, tout en pédalant.
Il est 22h30 quand nous arrivons à Saint Nicolas de Redon. L'hôtel repéré pendant notre trajet inverse du mois de juin est facilement trouvé. Comme convenu par téléphone, trois semaines plus tôt, nous sommes attendus par la réceptionniste jusqu'à 22h30! Il était temps que l'on arrive car quelques instants plus tard, on aurait dû se débrouiller avec l'automate. Cette charmante dame nous montre comment nous préparer deux grandes boissons chaudes demain matin (c'est à dire dans quelques heures!). Nous la remercions de nous avoir attendus ; elle s'en va et nous trouvons le repos dans une chambre bien confortable. L'accueil en Bretagne est grandiose, car au chevet du lit, nous trouvons deux petits paquets de gavottes! Nous les apprécions en accompagnement de la banane...
