Diagonale Brest - Strasbourg en Tandem
Du Mercredi 17 au Samedi 20 Juin 2009
Dans cette page, nous présentons le compte-rendu de notre Diagonale Brest-Strasbourg faite en Juin 2009 que nous avons présenté à l'homologation. Sans prétention, sans indiquer notre moyenne horaire, nous espérons que ces lignes vous donneront envie de faire cette Diagonale ou une autre... Rappelons, à toute fin utile, qu'une Diagonale de France est une randonnée qui doit être faite en autonomie et sans assistance, que ça soit sur le parcours ou aux étapes. L'autre originalité des Diagonales de France est le parcours, que le candidat choisi et présente aux Délégués Fédéraux...


Au départ de Rennes, nous avons rejoint Brest par le train en prenant un TER car ceux-ci acceptent les machines non démontées contrairement aux TGV. Dans ce train, nous avons fait la connaissance avec un controleur qui connait les Diagonales! En effet, un de ses copains s'est lancé sur Brest-Menton le mois dernier...
Mercredi 17 Juin 2009: Brest - Fougères
293 kilomètres et 2313 mètres d’élévation

Cinq heures du mat j’ai des frissons chantait Chagrin d’Amour dans les années 80. C’est un peu pareil pour nous ce matin: pas de chagrin d’amour (nous partons en tandem) mais quelques frissons, il ne fait pas chaud en sortant de l'hôtel proche du commissariat...
Jean-Philippe s’occupe des formalités administratives au commissariat pendant...

En face de moi, une affiche attire mon regard. Sont en photo un chien et un chat avec le slogan de la SPA: Crise ou pas, N’abandonnons pas. La deuxième partie de la phrase me semble tout à fait adaptée à notre objectif.
Nous voilà sur la route du Paris-Brest-Paris. Nous avons même révisé le parcours le week-end précédent lors du BRM de 600k organisé par les Cheminots Rennais: Rennes-Brest-Rennes (RBR). Pas besoin de sortir la carte; c’est un peu comme si on roulait chez nous...
Nous pédalons depuis deux heures quand nous arrivons à Sizun. Il faut poster la carte de départ. C’est alors que JP réalise un brin angoissé:
- J’ai oublié de timbrer la carte avant de partir !
Cela révèle que nous n’avons peut-être pas très bien préparé nos affaires avant le départ. Heureusement, j’avais mis des timbres dans mon portefeuille avant de partir en vacances...

Nous faisons donc une première pause avant de monter en douceur au Roc Trévezel. Pour nous cette montée est facile au regard de ce qui va suivre à savoir les côtes à répétition...
Pour rejoindre Carhaix, nous ne prenons pas la route de la rivière d’Argent, pourtant très jolie, car le revêtement y est plus que rugueux contrairement à la D764 qui figure à notre plan de route...

A Carhaix, nouvelle pause. Nous choisissons la boulangerie-salon de thé dans laquelle nous nous sommes arrêtés à l’aller et au retour du RBR. La patronne s’étonne de nous voir encore...

Nous lui expliquons que cette fois-ci nous ne sommes que deux (l’invasion de dimanche dernier ne se répètera pas aujourd’hui!).
- Ah, une diagonale ? Mon beau-frère en a faite une il y a quinze jours !
Le boulanger, cycliste lui aussi, précise:
- Il est même en photo sur internet !
Traduction: des saristes l’ont rencontré et ont mis sa photo sur le site des Diagonales de France...
Après ce moment de convivialité, un, deux, trois et le tandem repart, toujours sur la route du RBR et du PBP. Nous avons droit au soleil et au vent léger dans le dos. Les passages à l’ombre demeurent frais, ce qui n’est pas pour me déplaire.

A Corlay, il est 11h30. Nous pensions y être un peu plus tard. Comme nous savons que la suite du parcours sera vallonnée et qu’il y aura peu de possibilités de trouver des commerces avant un bon moment, nous faisons le choix de manger ici, même si c’est un peu tôt. Nous pique-niquons sur une place arborée. Il est trop tôt pour aller au restaurant...
Nous enchainons sur Moncontour en faisant la petite erreur de s’engager dans le village au lieu de le contourner. Certes, si on ne connait pas, le passage au centre est à faire. Nous aurions pu l’éviter surtout qu’il y avait des tranchées ici et là qui nous ont obligés à marcher pour éviter de cisailler les pneus. Remarquez, se dégourdir les pattes en faisant quelques pas détend et change de se dégourdir les pattes en pédalant...
C’est en voyant fléché Collinée que j’ai compris ce qui arrivait: une colline à franchir. Je n’ai plus eu de doute quand j’ai vu sur notre droite Bel Air... Je me souviens que nous sommes passés là lors de l’AG de l’Amicale des Diagonalistes du Val André… Bel-Air, point culminant des Côtes d’Armor… Eh bien nous y voilà presque !

Nous serons à nouveau sur les routes de RBR et PBP de Quédillac à Tinténiac. Nous évoquons des souvenirs de ces deux randonnées...

Une pause de 30 minutes à Bécherel nous permet de faire un bon goûter avant de pointer les cartes à Tinténiac.
La gérante du bar dit ne plus avoir de tampon. Elle nous conseille d’aller voir chez le bijoutier en ajoutant:
- Lui, il fait du vélo...
Effectivement, dans la quiétude feutrée de sa boutique, il pointe nos carnets et évoque le dernier Rennes-Brest-Rennes et souhaite en savoir un peu plus sur les Diagonales de France.

Juste après, sur la route de la Basse-Fôret, le téléphone sonne alors que Jean-Philippe était en train de prendre cette photo! Le temps de s’arrêter, de ranger l’appareil photo, de sortir le téléphone de sa tanière: trop tard! Communication loupée! Dans la foulée, nous écoutons le message: Francis Swiderek nous a cherchés sans succès entre Quédillac et Tinténiac; il rentre chez lui. Lors de notre pause à Bécherel, nous étions cachés (involontairement) de la route principale; c’est comme cela que l’on ne s’est pas vu. Nous avons bien rappelé la cabine d’où Francis avait appelé, mais il n’était plus là! Personne ne nous a répondu... Merci Francis de t’être déplacé et désolée de ce loupé...

Encore quelques coups de pédale et voilà Fougères. Nous y arrivons sans avoir à mettre les baudriers et les éclairages. Nous trouvons un restaurant en plein centre. Le service tarde un peu mais bon, nous sommes largement dans les temps et cette pause permet de commencer à récupérer...

L’hôtel à réservation automatique n’est pas très loin du centre. Nous y parvenons grâce à une rue en sens unique qui semble traverser Fougères, du Nord Ouest au Sud Est. L’hôtel est un peu plus haut à gauche! Nous avons une chambre pour personne à mobilité réduite au rez-de-chaussée. Le tandem y rentre aisément. En fait la chambre n’est pas plus grande qu’une autre, c’est juste le lit qui est placé différemment. Nous dormons 4 heures...

Une première journée bien remplie, comme toutes les étapes d’une Diagonale et avec 2313 mètres d’élévation. La Bretagne n’est pas plate, comme le montre le graphe ci-contre...
Jeudi 18 Juin 2009: Fougères – Avon (Fontainebleau)
341 kilomètres et 2140 mètres d’élévation
Petit déjeuner de fortune dans la chambre avec des boissons chaudes du distributeur. De nouveau, nous sommes sur la route du PBP. Il ne fait pas encore jour, mais les citernes de lait et les bétaillères s’activent sur la route, surtout entre Levaré et la Tannière : On ramasse le lait et on emmène les bovins aux abattoirs...

Nous avons espoir de faire un vrai petit déjeuner à Ambrières les Vallées pour le premier contrôle du jour, 50 kilomètres après Fougères. Quelle utopie! Nous ne trouverons que l’arrière boutique d’une boulangerie où l’on accepte quand même de nous tamponner les carnets en les passants par les barreaux de la fenêtre.
Eventuellement, nous aurions pu acheter des viennoiseries ; mais comme il n’y a pas un bistrot d’ouvert, on file!
A Lassay les Chateaux, Jean-Philippe repère un bistrot. Une personne derrière le comptoir y boit son café et lui fait comprendre par un geste peu commercial que son bistrot n’est pas ouvert. Quant aux boulangeries, toutes fermées!

C’est finalement à Javron, en croisant la RN12, à 73 kilomètres de Fougères, que nous trouvons notre bonheur... Viennoiseries et boissons chaudes dans un café où l’ambiance est familiale. Le jeune garçon n’a pas fini ses devoirs, on se croirait chez nous, une trentaine d’années plus tôt... Il était temps d’alimenter les moteurs...

Nous voilà à nouveau sur la route du PBP ; Villaines la Juhel, Sougé le Ganelon, Saint Paul le Gaultier… Le ciel couvert nous envoie alors un petit crachin. Rien de grave, mais puisque nous piquons tous les deux du nez, nous décidons de faire un sommeil éclair sous un abri de bus. JP est allongé sur le banc et moi assise. Cela ne durera que 15 minutes environ, mais nous repartirons plus éveillés.

A la Hutte, nous traversons la voie ferrée et nous nous arrêtons quelques instants devant cet ancien hôtel Parmentier des voyageurs! Nous admirons cette route du PBP, cette grande ligne droite avant le Fresnay sur Sarthe. Nous sommes toujours passés ici la nuit, maintenant il fait grand jour. Soudain, en se retournant, un semi-remorque ralenti en passant le passage à niveau. Il est immatriculé dans le Haut Rhin, 68! Et nous allons dans le Bas Rhin, 67... Nous sommes sur la bonne route!

A Mamers, nous déjeunerons à la cafétéria d’un super U, juste avant le coup de bourre de midi. Service rapide (pendant lequel JP fait des courses dans le magasin), repas très correct. Pendant que nous déjeunons (histoire de grignoter du temps), nous commandons une pizza que nous emmènerons pour un gouter salé dans quelques heures...

Il est 13h00 quand nous repartons vers Bellème. La route est un véritable ruban plissé. Nous ne regrettons pas d’avoir mangé avant d’attaquer ce relief. Le ciel reste couvert. Tant mieux; il ne fait pas trop chaud...

Aux alentours de Remalard, à Moutiers au Perche, précisément, nous remarquons d’anciens panneaux routiers. Certains indiquent Rémalard et d’autres indiquent Regmalard! Ici, la nature est authentique. De vieilles bâtisses, peu de circulation, c’est un peu comme si l’homme n’avait pas réussir à conquir le Perche et ses collines...

A partir de La Loupe, les talus sont rabotés ! Nous voici dans le plat pays qui entoure Chartres. Notre seul plaisir est d’avancer aisément et sans peiner...

Pour ce qui est du plaisir visuel, rien de très attrayant: des champs de céréales à droite, à gauche, peu de fermes et pas l’ombre d’une vache...

Nous arrivons à Etampes peu avant 21h00 et nous ouvrons grand nos yeux pour trouver un restaurant.
L’entrée dans la ville se fait par un côté calme, assez cossu. Le premier restaurant, à côté de la tour penchée, est du style à servir des rognons Grand’mère, dixit JP; nous continuons...

Plus au centre ville, un restaurant nous servira rapidement des lasagnes succulentes avec une salade.
Alors que je range les affaires, sors les chasubles, j’entends JP expliquer à des clients du restaurant ce que sont les diagonales de France...

Nous repartons au soleil couchant ; il reste 50 kilomètres pour arriver à l’hôtel à Avon, juste après Fontainebleau. Mis à part les passagers d’une voiture (925 ESR 91) qui gueuleront je ne sais quoi en nous doublant, cette fin de journée est tranquille. Il fait nuit lorsque nous traversons Milly La Forêt. J’admire les halles pendant que JP photographie de vieux panneaux indicateurs et les vieilles bornes. Allez, il ne faut pas trop trainer...
A Arbonne la Forêt (23h25), nous traversons une zone pavillonnaire. Chaque maison est fortifiée par un mur d’enceinte (enfin, ça y ressemble) et un portail. JP, qui a besoin de soulager sa vessie, s’arrête à proximité du numéro 44, la Mézardière. Le calme qui régnait jusqu’alors est subitement rompu par l’arrivée tonitruante de deux clébards que l’on devine molosses de par leurs aboiements et la profondeur de leur respiration. Ils se déchainent derrière la porte pour piéton. Et JP qui se marre
Nous repartons, amusés d’avoir causé tant de vacarme alors que tout était si calme...

Jean-Philippe, tel un GPS, nous guide sans faute et sans perdre de temps à l’hôtel à réservation automatique. Pas de gardien dans le hall d’entrée, juste une jeune dame qui raconte sa vie au téléphone portable en pianotant sur son ordinateur...

Nous repérons directement notre chambre, au bout du couloir; la chambre est spacieuse. Il est 23h58; le tandem a failli se transformer en citrouille! Il regarde la télé quelques instants en attendant que l’on éteigne les lumières...

Souvenir de cette seconde étape, au relief bien accidenté dans le Perche. On aurait pu croire à une accalmie de la dénivelée aux alentours de Chartres, mais la banlieue sud de Paris, avant la forêt de Fontainebleau n’est finalement pas plane...
Vendredi 19 Juin 2009: Avon (Fontainebleau) - Nancy
304 kilomètres et 1731 mètres d'élévation

Nous partons tard ce matin; il est 6h00. Nous n’avons pas l’impression d’être si proches de Paris...
Nous sommes de suite en pleine campagne. Nous décidons de prendre le petit-déjeuner 35 kilomètres plus loin, à Donnemarie Dontilly. Je garde le tandem pendant que Jean-Philippe pointe les carnets et le BPF tout en achetant des viennoiseries. Il a dû expliquer au boulanger et à son apprenti ce que nous étions en train de faire. L’apprenti s’est exclamé:
- Waou, il en faut du courage pour faire ça!
Le patron s’est alors empressé de répliquer:
- Oui, mais quand on aime ce que l’on fait, tout est possible...
L’apprenti aura-t-il compris le message que vient de lui envoyer son patron? Bon enfin, nous, nous allons voir s’il est possible de prendre une boisson chaude dans ce village... La chose ne s’avèrera pas si simple. Certes, nous trouvons un bistrot. Il sera possible d’y prendre un café. Par contre, cela se complique pour le thé quand j’entends:
- J’ai pas de thé nature, j’ai du thé à la violette!
Oui, mais le thé parfumé au petit déjeuner, bof... Il insiste:
- Vous avez déjà gouté au moins? C’est très bon!
Je demande s’il n’a pas autre chose comme thé. Mais si, bien sûr, du thé d’automne! A la vue du bocal à cornichons recyclé en bocal à thé, je demande à sentir ce fameux thé d’automne... Il sent les épices... Entre la violette et les épices, je choisis les épices! La tasse qui m’est donnée est sale. Jean-Philippe n’hésite pas une minute à demander une tasse propre...
Finalement, ce thé passera bien, mais je n’aurai qu’une hâte: quitter ce boui-boui. Ah oui, je n’ai pas précisé que c’était plutôt le bazar dans la boutique. Quand Jean-Philippe a demandé où étaient les toilettes, le cafetier a soupiré en disant qu’elles étaient en... travaux. La porte d’entrée ne fermait pas. Quand Jean-Philippe en est revenu, il a dit au bistrotier:
- La chasse d’eau ne marche pas!
- C’est normal...
Du coup, je me suis abstenue d’y aller. Au moment de partir, sur le pas de sa porte, ce cafetier voit que nous sommes en tandem et semble avoir subitement envie de discuter mais Jean-Philippe ne souhaite pas s’éterniser. Aussi, quand il demande quel circuit nous faisons, Jean-Philippe répond très naturellement:
- Le circuit des hirondelles, autour de Nogent sur Seine!
- Ah... C’est gentil en kilomètres?
- Oui, on est sur le 85 kilomètres
- Oh, bah ca va!
...et nous repartons sur notre circuit des hirondelles...

Nous contournons Nogent sur Seine par le nord en prenant des petites routes, comme ici à Paroy et...

Depuis quelques minutes, notre quiétude est troublée par un balai de nombreux camions bennes. Ce que nous redoutions depuis le départ arrive malheureusement: une route gravillonnée; plus précisément en train d’être gravillonnée. La scène se passe à Périgny La Rose que Jean-Philippe renomme d’emblée Périgny Les Gravillons...

Odeur et fumée d’un film de goudron bouillant répandu sur la chaussée; poussière des gravillons qui glissent de la benne des camions, les uns derrière les autres... La traversée du village se fera de bout en bout à pied, en cherchant au maximum à éviter de mettre les pneus et les chaussures dans cette mixture.

Je ne peux m’empêcher de dire à une des personnes qui suit les travaux en marchant à côté des engins:
- Ce n’est vraiment pas un cadeau pour nous ce que vous faites là!
- Pour nous non plus; on respire ça toute la journée...
J’avais égoïstement pensé à ma condition de l’instant, sans me mettre à la place de ces travailleurs.
A la sortie du village, nous faisons un nettoyage en règle des pneus et repartons avec la crainte de voir d’autres portions gravillonnées. Heureusement, cela ne se reproduira pas.

A Anglure, nous achetons de quoi pique-niquer et ne trouvant pas d’endroit pour s’installer, nous allons au Café de la Poste. Nous sommes acceptés à condition de consommer, ce qui est bien normal.

C’est parti pour une baguette-jambon-babybel à deux, accompagnée d’un thé. S’en suivent les riz au lait. Au moment de partir, Jean-Philippe, véritable VRP des Diagonales, règle au comptoir. Il se heurte à la question d’un motard de Harley qui lui demande en voyant son maillot:
- C’est quoi, les Diagonales de France ?
Il s’en suit une explication à la patronne et à son auditoire de comptoir, que son café a une chance formidable: celle d’être située à un point stratégique: au carrefour des routes théoriques de Dunkerque-Menton et de Brest-Strasbourg... La dame est bien contente de savoir tout cela; elle comprend mieux pourquoi des cyclistes viennent lui demander des coups de tampon sur des carnets en disant venir de Dunkerque, de Brest ou de Strasbourg... Ce qui est drôle dans cette histoire, c’est qu’une fois rentrés à Grenoble, lorsque nous aurons au téléphone Gilles Barbieux et Daniel Cauchie qui ont fait Brest-Strasbourg un jour derrière nous, nous apprendrons qu’ils ont pointé dans ce bistrot et que la dame leur à parlé de nous! Comme quoi Jean-Philippe ne lui avait pas raconté des bobards: son café est bien à un point stratégique!

De nouveau sur la route, nous allons de petits villages en petits villages. Nous ne faisons pas 3 kilomètres sans en traverser un. C’est assez plat et presque lassant. En plus le soleil darde. Pas de doute, la sieste s’impose! A Viapres le Grand, une grande zone verdoyante, avec un banc et un arbre, bien en retrait de la route fera l’affaire. Jean-Philippe sur le banc, moi sur la pelouse. De suite je m’assoupis, refaisant surface par moment à cause de mes propres ronflements que j’entends... C’est la première fois que je vis cela (entendre mes ronflements); il faut dire que je fais rarement la sieste. Celle-ci durera 15 minutes environ. Nous repartons en pleine forme. Cette pause valait vraiment le coup!

Avant d’arriver à Ramerupt, 7ème contrôle, Jean-Philippe remarque que le clocher de l’église semble être caché derrière la côte avant le village. Pour voir l’intégralité du clocher, il faut se hisser au sommet de la bosse. Nous retrouverons cette caractéristique à Bailly le Franc, et aussi à Bure...

A Ramerupt, seul le salon de coiffure est ouvert, mais il n’y a pas de tampon! La coiffeuse se propose de signer nos carnets en guise de tampon...

Un peu plus tard, je propose à Jean-Philippe de faire un goûter à Droyes, mais il souhaite pousser jusqu’à Montier en Der, 8 kilomètres plus loin. Tiens, pour une fois, c’est lui qui m’aiguillonne et c’est moi qui serait tentée de trainasser... Montier en Der est une grande ville (par rapport à tous les villages traversés pendant l’après-midi).

Après avoir fait des courses, nous nous installons à une terrasse ombragée pour faire un bon quatre heures et se détendre un peu et étudier la suite du parcours...

Après Chevillon (qui nous rappelle le centre du village de Chatillon en Diois), nous avons même droit...

...à une montée de plusieurs kilomètres qui marque l’entrée dans le pays Barrois. Nous allons ainsi, par monts et par vaux. Il est temps de confirmer la réservation à l’hôtel Mister Bed de Nancy. Pas besoin de laisser le numéro de carte bleue malgré l’heure tardive –ou matinale- de notre arrivée (vers 1h30).

A Bonnet, point culminant à environ 400m d’altitude, on peut voir des éoliennes en pagaille. Dix-huit au total... Nous avons froid et décidons de mettre les jambières. Plus loin, nous surprenons une biche qui traverse la route et qui nous regarde avant d’aller sans bruit sautiller habillement entre les cultures d’orge et d’avoine.
S’en suit une angoisse qui commence à jouer sur nos humeurs: où allons nous manger? Pas de restaurants dans les villages que nous venons de traverser; les suivants sont tout aussi petits... Et si nous ne trouvions rien? Nous avons dans les sacoches : deux bananes, du cake, deux compotes à boire, des lunettes de Romans (sablés à la confiture), une pomme, des barres de céréales et un paquet de cacahuètes... C’est tout? Ma parole, nous trimballons un vrai garde-manger! Certes, il y a là de quoi se rassurer: nous avons de quoi tenir peut-être même jusqu’à Toul? Il n’empêche que je commence à dire des choses désagréables du style: On est parti à l’arrache; on n’a pas préparé comme il faut le parcours; on aurait dû vérifier s’il y avait des restaurants sur cette portion de route... Blablabla et blablabla...
Comme c’est Jean-Philippe qui a fait le parcours, mes compliments lui vont droit au cœur et les kilomètres qui suivent se font dans le silence en tentant chacun de notre côté de faire des efforts pour ne pas envenimer les choses...

Houdelaincourt est le huitième point de contrôle. A l’entrée du village, nous demandons à deux adolescents s’il y a un restaurant dans les environs:
- oui, juste là en bas, après la voie ferrée, mais je ne sais pas s’il est ouvert.
Il est 21h10 quand nous arrivons devant ce restaurant qui est... ouvert! Ouf, quel soulagement, vous ne pouvez pas savoir! Il était convenu que nous mangerions nos provisions dans ce village si nous ne trouvions pas de restaurant, mais franchement, il faisait frais dehors, j’ai même eu du mal à me réchauffer dans le restaurant...
Il n’y a que trois tablées occupées dont un monsieur seul, sur le point de partir, qui dit être un commissaire du Paris-Colmar à pied et qui annonce qu’il doit y aller pour quand même voir ce qui se passe sur le parcours... Quand nous sommes arrivés devant le restaurant, un type se dandinait suivi par deux vieux camping car et une vieille caravane qui roulaient au pas, moteur allumé bien naturellement. De 15 marcheurs au départ, ils ne sont plus que 5...
Nous mangeons avec plaisir et soulagement (salade, tagliatelles à la carbonara, café). Alors que je suis aux toilettes, j’entends Jean-Philippe qui s’engage dans une conversation suite à une question d’un autre client:
- C’est quoi l’amicale des diagonistes?
- Diagonalistes...
- Ah! Vous faites les routes en diagonale alors...
- Mais vous allez à Nancy en vélo ce soir?
- Non, pas en vélo, mais en tandem!
- Mais il faut pédaler quand même... et vous savez combien de kilomètres il y a...

Nous reprenons la route avec plaisir. De suite une bonne côte, une descente et ainsi de suite. La dernière avant Vaucouleurs est impressionnante! Le tandem ne demande qu’à plonger dans la nuit et nous utilisons le frein à tambour et alternativement, les deux freins sur jante. Au centre ville, un rapide contrôle sur les jantes montre qu’elles sont bouillantes, surtout l’arrière! Le village tout petit sur la carte est finalement très animé même s’il est presque 23h00. Nous aurions pu y manger sans problème.

Nous prenons la direction de Toul. Le faux plat qui nous mène au carrefour de la route d’Uruffle est pénible. A l’entrée de Blénod les Toul, un gros mammifère, court sur pattes traverse la route devant nous, nous avons échappé à la collision avec un blaireau... Après Blénod, nous avons le plaisir de rencontrer Jean-Marie Maillard, sariste. Il est pourtant assez tard, presque minuit! Il a tenu à être là pour nous faire traverser Toul rapidement. Jean-Philippe nous ralentira un peu en allant faire pointer le BPF à un café animé du centre. Jean-Marie nous guide ensuite vers Gondreville qui se trouve sur la route de Nancy, parallèle à l’autoroute. Sans son aide, trouver cette route aurait été un vrai casse-tête...
En effet, pour aller vers Gondreville, il faut prendre ce qui nous a semblé être une voie rapide (2 voies); puis, couper ces 2 voies pour bifurquer à gauche. En regardant à posteriori la carte, on réalise que nous étions sur la voie qui mène du centre ville de Toul à l’autoroute. En plein jour, nous aurions sûrement risqué notre peau au même endroit. Nous voilà donc dans la dernière ligne droite... D’ailleurs, la ligne est tellement droite sur la carte, que Jean-Philippe s’était imaginé que ça serait plat... Quelle ne fut pas sa déception. Non, ce ne fut pas plat... Nous quittons Jean-Marie à Gondreville. Nous lui sommes très reconnaissants pour son aide précieuse.
De nouveau seuls, nous suivons l’autoroute jusqu’à Nancy. Une passerelle pour piétons nous permet de l’enjamber et nous voici à notre lieu d’étape. Enfin presque... L’hôtel Mister Bed est en théorie à côté de cette passerelle, mais nous ne le trouvons pas... Nous tournicotons dans les rues et finissons devant un autre hôtel. Je suggère que nous tentions notre chance ici car je sens qu’on ne va pas trouver notre hôtel. L’automate nous donne la possibilité de prendre une chambre mais pas moyen de savoir si elle est au rez-de-chaussée. Ni une ni deux, Jean-Philippe appuie sur le bouton qui permet une aide audio. La personne à l’autre bout de l’interphone nous confirme qu’on ne peut pas savoir si la chambre sera au rez-de-chaussée. La transaction s’arrêtera donc là car pour Jean-Philippe, il n’est pas question de porter le tandem à l’étage. Avant de raccrocher, il demande à notre interlocuteur s’il sait où est l’avenue Raymond Pinchard. La réponse ne se fait pas attendre:
- Nous sommes à Paris monsieur!
- Bien, merci et au revoir.

Nous repartons et finalement, Jean-Philippe téléphone à l’hôtel Mister Bed. Le veilleur de nuit nous explique comment aller à l’hôtel. Nous ne mettrons pas 5 minutes pour l’atteindre. C’est pour dire que nous n’en étions vraiment pas loin.
Il est 2h00 du matin. Le veilleur de nuit nous accueille. Il sera là jusqu’à 6h00. Le petit déjeuner est servi à partir de 07h30, mais si nous voulons le veilleur de nuit peut nous en préparer un avant son départ. Nous choisissons cette option. Nous dormons donc un peu plus de 3h00 dans une chambre spacieuse où le mobilier et le décor ont un peu souffert, mais la literie est correcte et la douche marche très bien, c’est le principal! Avis aux intéressés, l’hôtel sera bien renommé de Mister Bed en Cerise!

Le compteur a encore bien travaillé aujourd’hui ! En passant par Nancy, notre choix premier était d’échapper aux quelques terribles kilomètres qui mènent au Col du Donon depuis la vallée de la Plaine. C’est chose faite, mais vers Nancy, ce n’est pas tout plat...
Samedi 20 Juin 2009: Nancy - Strasbourg
153 kilomètres et 955 mètres d'élévation
05h50, le réveil sonne. Jean-Philippe file de suite voir le veilleur de nuit qui attendait que l’on se pointe pour préparer les plateaux. Nous pouvons prendre un petit déjeuner copieux avec des céréales, du pain, et encore un peu de pain s’il vous plait, des croissants, du beurre et de la confiture. Et deux tasses pour mettre sous la machine à café et à thé, service à volonté: super!
S’en suivra la douche, le rangement des affaires et enfin le départ.
Le dernier matin d’une Diagonale a une saveur particulière. A la fois je me sens soulagée à l’idée que ce soir nous serons arrivés, mais en même temps, cela signifie aussi la fin des vacances. N’y pensons plus et vivons l’instant présent!

Jean-Philippe traverse Nancy sans se perdre grâce aux conseils de Jean-Marie la veille mais aussi parce qu’il a bien mémorisé le plan qu’il avait préparé avant de partir (et qu’il a oublié à Grenoble!) Nous quittons ainsi la grande ville à une heure où la circulation est plus que calme et en oubliant de pointer le BPF...

A la veille de l’été, le soleil est des nôtres. Le relief aussi. Bien que je sois à l’arrière du tandem, il m’arrive de voir ce qui se profile notamment quand nous sommes dans une courbe. A la sortie de Moncel sur Seille, c’est un véritable mur que nous devons franchir. Ce n’est pas très long et nous apprécions le 26x32 pour bien mouliner...

Une quarantaine de kilomètre après le départ, nous avons prévu un petit détour dans le village de Marsal, BPF. Quand je demande à Jean-Philippe pour quelle raison ce lieu est un BPF (parfois, il y a de sacrées côtes pour atteindre ces lieux), il hésite puis répond:
- Il y a une église moyenâgeuse...

A Dieuze, dernier point de contrôle, nous nous attablons à la terrasse d’un salon de thé. Les gourmandises que propose la boutique sont toutes très appétissantes, notamment les jésuites qui nous sont servis… Nous venons de commander quand le téléphone sonne. Alain Schauber, ami et aussi sariste nous cherche!

Nous nous sommes loupé à Marsal où deux accès étaient possibles. Il revient dard dard sur Dieuze et nous retrouve quasiment prêts à repartir.

Nous ferons quelques kilomètres ensemble, jusqu’au carrefour de l’Espérance. Merci Alain d’être venu nous voir malgré un emploi du temps bien rempli. Nous sommes tout ragaillardis d’avoir vu notre ami.

Le terrain est vallonné mais nous serons récompensés par une belle descente pour atteindre Sarrebourg. Comme indiqué par Alain, nous prenons la direction de Centre Gare. C’est moins raide et...

...nous y trouvons un restaurant. Il est tout juste midi. Une flamiche en entrée puis, steak frites légumes et salade.

C’est trop copieux; nous n’arriverons pas à tout manger et calons sur la pièce de viande. Avant de partir, nous passons un coup de fil à Jocelyne Hinzelin qui a prévu de venir à notre rencontre.

La chaleur se confirme en début d’après-midi. Nous arrivons par des petites routes à Lutzelbourg où nous postons la carte d’arrivée et nous pointons aussi le BPF. De là, nous aurions pu prendre la piste le long du canal pour rejoindre Saverne, mais nous avons préféré rester sur la route. Nous savons qu’une voie verte comme celle-ci est assez fréquentée par les familles un samedi où il fait beau et préférons pouvoir rouler sur la route.

A Saverne, un sacochard se hisse devant nous, lentement. Nous le rejoignons et nous faisons connaissance avec René Adam, diagonaliste. Nos chemins se croisent et la rencontre sera brève. Nous sommes un peu pressés de quitter cette ville; il est 15h00 et la circulation est dense.

Nous pensions que la suite du parcours serait tranquille en terme de circulation. Que nenni! Bien que sur des routes secondaires et sur un terrain vallonné: le Kochersberg, région largement agricole de l’Alsace où les vignes sont minoritaires. Les quelques voitures qui sont là roulent vite. Nous pestons à plusieurs reprises contre ceux qui passent un peu trop près, un peu trop vite.

Juste avant Willgottheim, Jocelyne nous attend sur le bord de la route, mais elle n’est pas seule! Ce midi, elle est allée accueillir Jean-Claude Salmon qui venait de Perpignan. Jean-Claude, malgré les kilomètres parcourus et la fatigue a tenu à venir nous chercher! Quelle surprise! Et quel dévouement de la part de Jocelyne! Quel courage de la part de Jean-Claude!

Nous voilà tous les quatre, maillot de l’amicale sur le dos, sandales aux pieds, en route pour Strasbourg. A Willgottheim, nous retrouvons par le plus grands des hasards, la sœur de Jocelyne devant un café où une future mariée...

...enterre sa vie de jeune fille. La route continue, avec des séances photo par ci, par là et Jocelyne nous guide, nous montre de loin son quartier, puis la gare, et enfin le commissariat. Coup de tampon sur le carnet! Jean-Claude en profite pour redemander un coup de tampon car il n’avait eu que l’heure d’indiquée quand il est arrivé!

Nous continuons la soirée dans un restaurant voisin, une pizzéria où Jean-Philippe savoure une autre victoire: il a échappé à la choucroute. Nous dormirons ensuite comme des masses! Nous embêterons notre hôte et Jean-Claude de bonne heure ce dimanche matin pour nous rendre à la gare.

Prendre le train Corail avec le tandem, c’est le début d’une autre aventure, nettement moins plaisante que l’aventure de la Diagonale, mais qui s’est bien passée. Avec l’aide de Jocelyne, nous avons attaché le tandem avec des tendeurs...

A Mulhouse, quand des wagons ont été rajoutés en bout de train, nous avons gêné le passage. Alors Jean-Philippe s’est installé en première classe avec le tandem; c’est nettement plus confortable pour finir une Diagonale...
Pour conclure
Pour terminer, voici un aperçu de la température et de la dénivelée de chaque étape...

Le temps a été relativement propice à la randonnée, quelques pédalées de nuit et une élévation qui confirme bien que cette Diagonale n'est pas plate même si aucun cols n'a été franchi...
Pour l'instant, cette Diagonale est en cours d'homologation